Comment les Wallons
se rendent-ils au travail ?
enquête fédérale
Tous les trois ans depuis vingt ans, le SPF Mobilité et Transports enquête auprès des entreprises de plus de 100 travailleurs sur les habitudes de déplacements de leur personnel. Cette enquête nationale, obligatoire, a touché pour sa dernière édition 1.778.118 travailleurs (dont 407.615 en Wallonie) ; soit une base de données unique, statistiquement significative et qui éclaire dans la durée la façon dont les Belges rejoignent leur lieu de travail. Et pour la Wallonie, cette photographie est sans équivoque.
La voiture, reine incontestée au sud du pays
Avec 82,8% des travailleurs qui prennent seuls leur voiture pour aller au bureau, à l’usine ou pour rejoindre leur institution, la Wallonie reste de très loin la région la plus dépendante de l’automobile. Ce chiffre contraste fortement avec la Flandre (63,2% de travailleurs automobilistes) et encore plus avec Bruxelles (seulement 30,4%).
La Wallonie est aussi la seule région où la part de la voiture solo n’a pas reculé en vingt ans : + 3% depuis 2005. Le repli observé depuis 2021 (-2,2%) est somme toute très modeste. Le SPF va même plus loin en précisant que le nombre de voitures wallonnes circulant chaque jour pour le travail a augmenté de 11% en 20 ans alors qu’il a baissé de 4% à l’échelle nationale. Un chiffre obtenu en tenant compte de l’augmentation du nombre de travailleurs au cours de la période que le télétravail et la baisse de popularité du covoiturage n’ont pas pu contenir.
Ce constat chiffré traduit une réalité territoriale bien connue pour la Wallonie : un habitat plus dispersé, des distances plus importantes, des zones d’activités parfois éloignées des grands axes de transport collectif et une offre de mobilité alternative plus limitée. Même à l’intérieur de la Wallonie, des disparités apparaissent : dans le Brabant wallon, la part de la voiture descend à 77,3% alors qu’elle dépasse 86% dans les provinces de Namur et de Luxembourg. Plus un territoire est peu dense, plus la voiture s’impose comme une nécessité. Une évidence souvent oubliée dans les débats sur la mobilité : les solutions ne peuvent pas être identiques partout. Ce qui est applicable dans les centres urbains n’est pas forcément transposable dans les zones rurales ou périurbaines.
Évolution de la répartition modale en Wallonie (2005-2024)
Mode de déplacement
2005
2021
2024
Évolution 2005-2024
Voiture (seul)
80,4%
84,7%
82,8%
+3,0%
Covoiturage
5,2%
2,4%
2,3%
-56,2%
Train
4,4%
3,5%
4,4%
+0,3%
Métro, tram, bus
3,6%
3,2%
3,3%
-9,0%
Vélo
1,3%
2,4%
3,3%
+154,2%
Marche
3,2%
2,8%
3,0%
-7,2%
Source : SPF Mobilité et Transports, Enquête fédérale 2024-2025
Le vélo fait sa révolution – encore discrète !
C’est l’autre fait marquant de l’enquête fédérale : pour la première fois, le vélo dépasse la marche. La part modale du vélo en Wallonie (+3,3%) a plus que doublé depuis 2017 et progresse de +35% sur la seule période 2021-2024. Même si ce chiffre est inférieur à la réalité puisque l’enquête ne tient compte que du mode de déplacement principal du travailleur (exit les trajets à vélo pour rejoindre la gare ou ceux fait ponctuellement à la belle saison), cette dynamique est toutefois encore modeste par rapport à Bruxelles (9,4% de travailleurs cyclistes) et surtout à la Flandre où près d’un travailleur sur quatre opte pour le vélo pour rejoindre son lieu de travail.
Cette évolution est due logiquement au développement du vélo électrique qui permet à un public beaucoup plus large de dépasser les freins généralement avancés par rapport à l’usage du vélo (distance, relief, effort physique). Les politiques de leasing vélo mises en place par les employeurs, l’indemnité kilométrique désormais obligatoire et l’amélioration progressive des infrastructures contribuent également à ce mouvement plus visible, cependant, dans les villes.
Les transports publics : stables, mais à la traîne
Le train représente toujours 4,4% des déplacements domicile-travail wallons, soit un niveau comparable à celui observé il y a vingt ans. Les bus, trams et métros atteignent quant à eux 3,3%. La crise sanitaire avait temporairement freiné l’utilisation des transports publics. Les derniers résultats montrent un retour à la normale.
Ce qui ressort aussi de l’enquête, c’est que là où l’offre existe, les transports en commun sont davantage utilisés. A Bruxelles, par exemple, ils sont sept fois plus utilisés qu’ailleurs dans le pays. Dans une large partie du territoire wallon, en l’absence d’un service de transport public régulier, la voiture reste la seule solution réellement compétitive.
Le télétravail impacte les habitudes de déplacement
L’enquête révèle que le télétravail est désormais proposé dans 60% des unités d’établissement wallonnes ayant répondu et que dans celles-ci, 26% des travailleurs y recourent effectivement, ce qui permet d’éviter 8% des trajets en Wallonie.
Ce développement, récent, du télétravail et l’adoption des horaires flexibles a un impact sur les habitudes de déplacement. Il explique en partie le recul continu de la pratique du covoiturage, devenue plus difficile à organiser lorsque les collaborateurs ne travaillent plus tous aux mêmes horaires ni les mêmes jours. Pour les entreprises, il ne s’agit donc plus seulement de savoir comment les travailleurs se déplacent, mais quels jours de la semaine ils le font effectivement.
Par ailleurs, cette évolution ouvre de nouvelles perspectives en matière de gestion de la mobilité, d’organisation des espaces de travail et d’attractivité des employeurs.
Mobilité, le rôle des entreprises
Au-delà des chiffres, l’enquête fédérale délivre un message clair : les employeurs sont devenus des acteurs majeurs de la transition de la mobilité.
L’adoption d’un plan de déplacement d’entreprise, la nomination d’un mobility manager, le développement du leasing vélo, les incitants financiers, les infrastructures de stationnement vélo sécurisées, les bornes de recharge, la gestion intelligente des parkings, le télétravail ou encore la flexibilité des horaires influencent directement les comportements de déplacement. Aujourd’hui, les employeurs ne sont plus seulement confrontés aux problèmes de mobilité, ils influencent désormais les solutions. Et dans le contexte de la pénurie de main-d’œuvre, la facilité avec laquelle un travailleur peut rejoindre son lieu de travail devient un facteur de recrutement et de fidélisation. Autant le savoir...
En outre, l’obligation, pour les entreprises offrant des voitures de société à leurs collaborateurs, de leur proposer un budget mobilité se précise et il convient de l’anticiper en proposant des alternatives possibles. Enfin, dernier enjeu : le vélo. C’est un mode de transport qui décolle ; c’est donc le moment d’investir dans les infrastructures (parkings sécurisés, douches et vestiaires), d’envisager le leasing et de sensibiliser à son usage pour accompagner ce mouvement qui s’amorce.
Besoin d’aide en la matière ? Contactez la Cellule Mobilité : 0472/04.31.31 ou mobilite@akt.be
Le paradoxe wallon en un chiffre
+11 % : c’est l’augmentation, en 20 ans, du nombre de voitures circulant chaque jour pour rejoindre un lieu de travail en Wallonie, malgré le télétravail. À l’échelle belge, ce chiffre est en recul de 4%.
Évolution de la part modale du vélo 2005-2024
Courbes d’évolution de la part modale du vélo entre 2005 et 2024 en Belgique, Bruxelles, Flandre et Wallonie
Impact de quelques mesures sur la répartition modale dans les entreprises
Chez les employeurs qui ont mis en place un plan de déplacement d’entreprise, 46% des travailleurs utilisent la voiture, contre 69% chez les employeurs n’ayant pas adopté un tel plan.
Source : SPF Mobilité et Transports, Enquête fédérale 2024-2025
Source : SPF Mobilité et Transports, Enquête fédérale sur les déplacement domicile-travail 2024-2025. Valeurs 2017 dérivées des indications publiées par le SPF.