90.000 projets de recrutement, plus de la moitié en CDI : les chiffres du FOREM sur les intentions d’embauche en 2026 sont encourageants. Mais derrière ces intentions se cache un frein moins visible : le risque d’embauche. Probabilité de mismatch, coût des premiers mois à perte, montée en compétences qui tarde : chaque engagement est un calcul, et en période d’incertitude, ce calcul devient stratégique. C’est précisément ce risque que trois réformes wallonnes – l’accompagnement renforcé du FOREM, la prime à l’embauche «Job Plus» et la nouvelle architecture de la formation continue – commencent à réduire, maillon par maillon.

Un horizon prometteur

Le FOREM vient de publier les résultats complets de sa première enquête sur les intentions de recrutement des entreprises wallonnes en 2026. Résultat : 90.795 projets de recrutement annoncés par les entreprises dont plus de la moitié en CDI (52,9 %) et un quart en CDD (25,8 %). Dans le contexte économique et géopolitique instable que l’on connait, c’est une bonne, voire très bonne nouvelle !

Et si l’on croise ces intentions de recrutement avec les 78.000 offres d’emploi recensées le 29 mai dernier par le FOREM et Beljob, c’est un tout autre portrait du marché du travail wallon qui se dessine, bien plus encourageant que l’image que certains souhaitent parfois en donner.

Le pari de l’engagement

Et si ces chiffres n’étaient encore que la partie visible de l’iceberg ? Engager traduit évidement une dynamique positive pour l’entreprise. Cela reflète une volonté de croissance ou le développement de nouveaux projets.

D’un autre côté, tout dirigeant le sait : engager, c’est prendre un risque, et celui-ci a des coûts directs (coûts de sélection, formation, perte de productivité…) et indirects (surcharge des équipes, coûts administratifs…) qui peuvent peser lourd sur la décision d’embaucher. Une intention d’embauche n’est donc jamais neutre. Tout responsable RH sait qu’elle nait d’un calcul du risque de succès ou d’échec.

Et si la Wallonie était en train d’agir pour sécuriser la décision d’embauche ? Quel serait le portrait du marché du travail wallon demain si les pouvoirs publics parvenaient à agir sur ce risque ?

Ce risque a un nom : le risque d’embauche.

Au-delà du problème structurel des entreprises wallonnes de ne pas trouver de talents (146 métiers en pénurie en Wallonie), c’est la probabilité que la personne recrutée démissionne rapidement (les «fast quitters», deux cas sur trois selon Securex) ou soit licenciée dans les premiers mois du contrat qui engendre le plus gros risque.

Mais il faut aussi ajouter un deuxième facteur dans le calcul de ce risque qui a lui aussi toute son importance : combien de temps mettra la personne à monter en puissance et à atteindre le niveau de productivité attendu ? Entre le moment où l’on signe et le moment où l’embauche est rentable, il s’écoule parfois de longs mois pendant lesquels l’entreprise avance à perte.

Il y a donc d’un côté le risque de mismatch et de l’autre la montée en puissance, qui peut parfois être plus longue et plus coûteuse qu’on ne l’anticipe. Les deux pèsent sur la même décision : faut-il engager maintenant ?

Un questionnement légitime

Dans le contexte actuel, cette question devient centrale. Non parce que les entreprises n’ont plus de besoins : elles en ont, et massivement. Mais parce que l’incertitude renchérit le prix d’une erreur, et qu’un dirigeant qui ne peut pas mesurer ce risque hésite à s’engager.

Le risque d’embauche existe en tout temps. Ce qui change, en période d’incertitude, c’est la façon dont il pèse sur la décision. Le mécanisme est bien documenté en économie : quand l’avenir est incertain et qu’une décision est coûteuse à défaire, attendre acquiert de la valeur.

Recruter engage des coûts largement irréversibles, le temps de sélection, la formation, les premiers mois à perte... Reporter le recrutement, à l’inverse, ne coûte «que» le manque à gagner du poste non pourvu. Tant que l’horizon reste flou, beaucoup d’entreprises arbitrent en faveur de l’attente. Ce n’est pas de la frilosité, c’est un calcul. Plus l’incertitude est forte, plus l’entreprise relève le niveau de rendement qu’elle exige avant de s’engager.

Le contexte wallon de 2026 illustre précisément ce mécanisme. Selon nos prévisions, la croissance du PIB wallon se tasserait à +0,4 % en 2026, contre +1,1 % en 2025. L’IWEPS le note explicitement : «L’incertitude liée au conflit au Moyen-Orient et le renchérissement des coûts de l’énergie pèsent sur les décisions de recrutement.» Dans ce contexte, les entreprises deviennent plus prudentes. Elles n’ont pas renoncé à leurs besoins – les 90.795 projets de recrutement recensés par le FOREM en attestent – mais elles relèvent leur seuil d’engagement, comme décrit plus haut..

Le moteur du risque

C’est ici qu’apparaît le paradoxe wallon. Cette prudence coexiste avec des besoins considérables. Le frein n’est donc pas le manque de besoin, mais bien le risque perçu autour de chaque embauche qui ralentit le passage à l’acte.

Il y a plus inquiétant qu’un risque élevé : un risque qui s’entretient lui-même. Car le risque d’embauche fonctionne en boucle. Chaque recrutement qui tourne court, vécu dans l’entreprise ou simplement observé autour de soi, vient nourrir la perception du risque pour la décision suivante. Le dirigeant qui s’est trompé une fois hésitera davantage la fois d’après.

La sous-productivité d’une embauche ratée n’est donc pas le bout de la chaîne : elle en est le carburant. C’est ce qui rend ce frein si tenace, et c’est précisément là que l’action publique peut casser le cercle, en réduisant non pas le risque ressenti, mais le risque réel qui l’alimente.

Là où la Wallonie est en train d’agir

Si l’on prend ce mécanisme au sérieux, alors agir sur le risque d’embauche suppose d’agir sur des points précis. Trois réformes menées par le Gouvernement wallon s’y emploient, actuellement et leur intérêt est qu’ils ne visent pas les mêmes maillons de la chaîne.

Avant l’engagement

En amont, un vivier mieux préparé réduit le risque d’inadéquation. Le risque commence avant le contrat, dans la préparation des candidats qui se présentent. C’est là qu’interviennent l’accélération et l’intensification de l’accompagnement des chercheurs d’emploi par le FOREM, couplées à une forte hausse de la mise en formation.

Le dispositif d’accompagnement du FOREM est refondu autour d’un parcours dont les actions d’insertion et de formation devront viser l’augmentation du niveau d’employabilité de départ.

Pour l’employeur, l’enjeu est concret : un chercheur d’emploi mieux accompagné et déjà formé arrive plus proche du poste, ce qui réduit la probabilité d’inadéquation et raccourcit la montée en compétences.

Le dispositif devra être évalué pour mesurer ses effets réels sur l’appariement et l’alignement entre les niveaux de compétences autant transversales que techniques et les besoins réels des entreprises.

Pendant l’engagement

Au moment de l’engagement, Job Plus allègera le coût de la fenêtre à perte. C’est précisément la période où l’embauche n’est pas encore rentable que cet incitant vient soutenir. À partir du 1er juillet 2026, le FOREM proposera une prime unique de 1.000 € par mois pour un temps plein, majorée de 200 € pour les entreprises de moins de 20 ETP, soit jusqu’à 1.200 € par mois, pour une durée de 12 à 36 mois selon le profil du chercheur d’emploi.

En abaissant le coût net des premiers mois, le dispositif réduit l’enjeu financier d’une embauche qui met du temps à devenir productive.

Après l’engagement

Finalement, une fois la personne en poste, la formation continue sécurisera la montée en compétences. C’est le troisième moment, en aval de l’embauche. À partir de septembre 2026, la Wallonie fusionne quatre dispositifs (chèque-formation, congé-éducation payé, crédit-adaptation, fonds de l’expérience) en deux incitants : Mon Capital Formation, à l’initiative du travailleur, et le Capital Formation Entreprise, à l’initiative de l’employeur, avec une intervention rehaussée à 25 € de l’heure.

En sécurisant et en accélérant la montée en compétences du travailleur déjà engagé, le dispositif raccourcit la phase de sous-productivité, et lorsque la formation est bien ciblée, corrige une inadéquation résiduelle plutôt que d’y renoncer. Point décisif : le catalogue des formations sera construit à partir des besoins identifiés en amont par les entreprises avec leurs représentants sectoriels.

Ce que ça change pour l’entreprise et pour la décision publique

Un dirigeant ou un responsable RH sait que le risque d’embauche se pilote. Des processus RH structurés (onboarding, tutorat…) peuvent avoir un impact significatif sur l’atteinte du niveau de productivité. Combiné à un usage averti des dispositifs publics, le bon profil dans le bon cadre, soutenu pendant ses premiers mois, formé sur les compétences qui lui manquent, est un levier immédiat face au défi de la guerre des talents.

Pour le décideur public, le message est un encouragement. En agissant sur trois leviers complémentaires, la Wallonie s’attaque à la bonne cause : non seulement la difficulté réelle de trouver les bons candidats, mais aussi la confiance nécessaire pour se décider à l’engager.

L’enjeu désormais, c’est d’atterrir rapidement et d’obtenir des résultats tangibles. Face à ces vastes chantiers, les entreprises attendent des réponses concrètes, simples et qui répondent à leurs problématiques RH du quotidien :

des candidatures de qualité,

des incitants facilement accessibles,

une offre de formations agile et à jour,

une simplification du paysage des opérateurs (para-)publics qui peuvent les aider (FOREM, IFAPME, CPAS, MIRE, CISP…).

Ce sont là quelques chantiers sur lesquels il y a encore du boulot dans les mois à venir.

Le risque d’embauche n’est donc plus le problème d’une entreprise isolée. Quand les conditions du marché entretiennent la crainte de l’erreur et retiennent un recrutement, c’est un emploi qui ne se crée pas, une activité qui ne se développe pas, une compétence qui reste inemployée.

Agir ensemble sur ce risque, c’est lever un frein discret, mais réel à la création d’emplois privés et à la compétitivité wallonne. C’est le terrain économique qui le demande, et c’est là que se joue aussi une partie de la prospérité régionale.

Un tiers des entreprises wallonnes veulent recruter en 2026

et si c’était l’arbre qui cachait la forêt ?

Des personnes marchent dans une rue urbaine baignée par une lumière vive et diffuse.

Description générée par IA

focus

Facteurs de risque

Inadéquation

Mismatch précoce

Sous-productivité transitoire

directs et indirects irréversibles

(sélection, formation, indemnités, surcharge des équipes,...)

Sous-productivité transitoire

«Ramp-up» lent

Risque maitrisé

Impact sur les intentions de recrutement et le niveau d’embauches

Avant l’embauche

Parcours vers l’emploi

Augmentation de l’employabilité

Amélioration du vivier de talents

A l’engagement

JobPlus

Réduction du risque financier

En poste

Wallonie Formation Continue

Sécurise la montée en compétences

Facteurs de risque

Inadéquation

Mismatch précoce

Sous-productivité transitoire

directs et indirects irréversibles

(sélection, formation, indemnités, surcharge des équipes,...)

Sous-productivité transitoire

«Ramp-up» lent

Perception du risque élevée et non-maitrisé

Impact sur les intensions de recrutement et le niveau d’embauches