Le temps de l’action collective a sonné !

2e Congrès de la Mobilité des Marchandises

La seconde édition du Congrès régional de la Mobilité des Marchandises du SPW MI s’est tenue à Liège le 17 novembre 2025 pour faire le point sur le volet marchandises de la Stratégie régionale de Mobilité. Depuis son lancement à l’automne 2023, où en est-on ? Quels sont les résultats du premier groupe de travail et quel sera le profil du second ? L’occasion aussi d’entendre des témoignages, des propositions et de réfléchir, dans le cadre d’ateliers participatifs à des actions concrètes à soutenir.

AKT for Wallonia, notamment via sa Cellule Mobilité, était partenaire de cet événement porté par la Direction du Transport et de l’Intermodalité des Marchandises du SPW MI. La journée était organisée en deux temps : une séance académique en matinée avec Sébastien Brunet, directeur de l’IWEPS, comme modérateur et des ateliers participatifs l’après-midi.

La Stratégie Régionale de Mobilité, volet marchandises (voir encadré) a deux ans. Pol Flamend, directeur général du SPW Mi, en a dressé le bilan, mais force est de constater que malgré ce qui a déjà été déployé (encouragement de l’innovation, publication de guides de bonnes pratiques, adoption d’un schéma stratégique d’investissements et de gestion pour les voies hydrauliques, réalisation d’un éco-calculateur, prime à la cyclologistique, etc.), les indicateurs ne vont pas dans le bon sens au niveau du transfert modal.

Il est donc nécessaire d’impliquer davantage l’ensemble des acteurs institutionnels et opérationnels du secteur du transport autour d’objectifs communs et d’intégrer la SRM dans les autres politiques régionales comme l’aménagement du territoire, l’énergie, l’environnement, etc. La définition d’une nouvelle vision 2040-2050 doit prolonger et surtout rectifier les objectifs 2030, visiblement trop ambitieux...

En attendant l’opérationnalisation de la SRM/M se poursuit. Après un premier groupe de travail dédié à l’innovation et piloté par Logistics in Wallonia (8 projets soutenus), un second débute officiellement dans le cadre du congrès. «Fret forward Wallonia» s’attachera aux questions de décarbonation, à la multimodalité et à la sécurité du transport des marchandises.

Un exemple de projet en lien avec la SRM/M : la mutlimodalité chez Holcim

La seconde partie de la matinée fut consacrée à la présentation de projets s’inscrivant dans les attendus de la SRM/M. Parmi eux, ceux d’Holcim.

En Belgique, Holcim produit du ciment, du béton, du granulat, des mortiers spéciaux et des matériaux d’isolation pour façade. 88% du transport de ces matériaux se font par camions, le reste par la voie d’eau (13,5%) et un peu par le train.

L’objectif poursuivi par les nouveaux projets de l’entreprise est d’accroître considérablement ces deux derniers types de transport et de réduire grâce à cela ses émissions de CO2. Ainsi, à Leffe (Dinant), outre un projet d’extension de la carrière, Holcim envisage de construire une nouvelle usine et d’installer une bande transporteuse de 800 mètres de long pour connecter directement la carrière à la Meuse. Les bateaux viendront s’amarrer sur un dispositif en duc D’Albe plus léger qu’une infrastructure de quai. Les système permettra surtout à Holcim de mettre fin au transport d’approche (35 km) de milliers de camions amenant la roche calcaire au quai de Maizeret (Andenne) pour être chargée sur des bateaux. Grâce à cette nouvelle infrastructure, 75% de la future production du site sera expédiée par voie fluviale soit une économie de 3.000 tonnes de CO2/an !

Le second projet d’Holcim concerne la carrière du Milieu à Tournai. Là, c’est une bande transporteuse de 2,2 km (20 millions d’euros d’investissement) qui reliera l’entreprise à la voie d’eau évitant le transport d’approche de 5 km que faisaient les camions pour atteindre le quai de chargement. Les matières premières transportées par voie d’eau passeront ainsi grâce à ce système de 650.000 à 1 million de tonnes/an.

Toujours dans cette carrière, Holcim prévoit aussi de créer une gare pour transporter par train le calcaire extrait vers la nouvelle cimenterie «Go for Zero» d’Obourg.

«Pas de Wallonie forte sans logistique forte»

Tel a été, à la fin de la matinée académique, le message de Frédéric Panier, CEO d’AKT for Wallonia. Pour AKT, la logistique n’est pas une variable d’ajustement. On attend d’elle qu’elle soit un levier stratégique de compétitivité, de réindustrialisation et de durabilité pour la Wallonie.

D’autant que notre région dispose d’un atout extraordinaire pour la mobilité des marchandises : la densité de ses réseaux (routier, ferroviaire, fluvial) et une localisation idéale au cœur des flux intercontinentaux. Seulement des défis majeurs pèsent sur elle comme la transition énergétique, les nouvelles exigences environnementales, la digitalisation, la cohérence territoriale, etc.

Face à ces enjeux, Frédéric Panier insiste : les entreprises sont disposées à être des partenaires de cette transition ; elles ne fuient pas leurs responsabilités, mais il faut pourvoir la logistique d’un cadre solide sur lequel elles pourront s’appuyer, à savoir :

Des infrastructures robustes et intermodales

Une énergie accessible, verte et à un prix compétitif

Une main-d’œuvre qualifiée et motivée

Un cadre réglementaire prévisible et cohérent

Une gouvernance partagée entre acteurs publics et privés.

La SRM/M peut être ce cadre. Il faut le construire en partenariat avec tous les acteurs concernés. AKT se positionne d’ailleurs pour être l’un d’eux faisant force de proposition pour des solutions nouvelles comme la mutualisation des flux, le déploiement d’éco-combis et de hubs intelligents ou pour repenser les implantations logistiques.

En conclusion, Frédéric Panier martèle : «La logistique n’est pas un coût, c’est un investissement». Les chaînes d’approvisionnement peuvent être un levier de résilience économique pour la Wallonie. Pensons-y et vite !

Des ateliers d’intelligence collective

Après les allocutions, le travail en atelier. La DTIM et la Cellule Mobilité d’AKT for Wallonia ont proposé aux participants de se retrouver dans 4 ateliers thématiques avec l’objectif de réfléchir ensemble à des solutions à mettre en place.

Mobilité locale des marchandises

Quelles actions mener pour améliorer la mobilité locale des marchandises ? Après une phase de brainstorming, les participants ont listé un certain nombre d’actions tant pour les pouvoirs publics que pour des acteurs privés. Ensuite, ils en ont identifié trois comme prioritaires et se sont concertés pour proposer un plan d’action pour chacune d’elles.

Pour sensibiliser les acteurs locaux et les commerçants, ils ont suggéré de construire un label axé sur la mobilité locale, de réaliser des capsules vidéo de sensibilisation et une Semaine de la Mobilité pour les marchandises. 

La deuxième action concerne la réglementation d’accès aux centres-villes. Un inventaire des mesures déjà en place dans les villes et communes serait nécessaire avant de standardiser les zones de livraison. Cela permettra de rendre les règles plus claires pour les logisticiens, tout en s’adaptant aux spécificités locales. 

Pour finir, les participants se sont penchés sur les hubs dédiés aux colis. Ces hubs, organisés en réseau relativement dense, doivent être accessibles à tous les acteurs du secteur. Il est nécessaire que la livraison dans les hubs soit plus intéressante pour le consommateur et la traçabilité des colis assurée. Enfin, ces hubs pourraient aussi être combinés à des distributeurs (nourriture, boisson, pain…). 

La pénurie de main d’œuvre pour les enjeux de la stratégie

Selon le Forem, le secteur du Transport et de la Logistique représente quelque 50.000 emplois en Wallonie et rien qu’au cours du premier semestre 2025, pas moins de 12.500 offres d’emploi ont été publiées. Le hic, c’est que pour les 43 fiches métiers identifiées pour ce secteur par le Forem, un certain nombre sont considérés comme des fonctions critiques (les postes vacants rencontrent difficilement leur public), voire en pénurie (le nombre de candidats qualifiés est inférieur à l’offre). Un atelier d’une douzaine de participants s’est donc emparé de la problématique pour identifier non seulement les métiers en pénurie, mais aussi les nouveaux métiers et ceux qui se transforment profondément, appelant à la maîtrise de compétences nouvelles. Ils ont ensuite choisi de travailler sur deux problématiques pour en faire une fiche projet : la pénurie de chauffeurs de poids lourd et les métiers de la batellerie. Pour attirer de nouveaux candidats à la conduite des camions, la Wallonie pourrait améliorer le confort, l’hygiène et la sécurité sur les aires d’autoroutes. Et pour mieux faire connaître les métiers de la batellerie, il y aurait lieu de simplifier les règles administratives venant des différents niveaux de pouvoirs concernant les conditions d’apprentissage pour ces métiers et entamer à ce sujet des concertations avec la Fédération Wallonie Bruxelles.

Tableau de bord de la mobilité : les grands indicateurs marchandises

Une vingtaine de participants ont collectivement exploré l’opportunité de construire un indicateur de synthèse sur l’évolution des coûts externes du transport des marchandises tels que la pollution, les nuisances sonores, les émissions de gaz à effet de serre ou la congestion. Sa création permettrait de disposer d’un outil stratégique pour orienter les politiques publiques, évaluer les effets des mesures prises et sensibiliser au mieux les acteurs du secteur. L’objectif était également de favoriser la mise en commun d’idées pour imaginer de nouveaux indicateurs, élargissant ainsi la réflexion au-delà des coûts externes. 

L’atelier s’est articulé autour de 3 questions dont chaque sous-groupe a pu tour à tour aborder des pistes de réponses :  

Comment construire l’indicateur ?

Quelle histoire l’indicateur devrait-il pouvoir « raconter » ?

Comment aller plus loin avec cet indicateur ?

Décarbonation, évolution multimodale et sécurisation du transport de marchandises

«Fret Forward Wallonia» est le nouveau groupe de travail chargé de définir des projets en matière de décarbonation, d’inscription des chaînes multimodales sur le territoire, et de sécurisation du transport de marchandises dans le contexte de la vision FAST 2030. Cet atelier visait à définir ces objectifs et priorités pour les deux ans à venir. 

Conclusion

Cette seconde édition du Congrès régional de la Mobilité des Marchandises aura surtout mis en lumière une évidence : la transition de la logistique wallonne est engagée, mais elle doit désormais s’accélérer et s’ancrer dans des projets concrets, partagés et mesurables. Entre retours de terrain, initiatives innovantes et intelligence collective, la journée a confirmé que les solutions existent, pour autant qu’elles soient portées collectivement et soutenues par un cadre politique cohérent et stable.

Qu’est-ce que la Stratégie régionale de Mobilité, volet marchandises (SRM/M) ?

La SRM/M découle d’une vision stratégique (bien utile en ces temps d’incertitude) – la Vision Fast 2030 – qui répond à plusieurs objectifs tant pour les personnes que pour les marchandises :

Réduction de la congestion : pour plus de fluidité

L’accès aux biens et aux services pour tous : pour une meilleure accessibilité

Réduction drastique des accidents : pour améliorer la sécurité

Réduction importante des nuisances environnementales : pour une meilleure santé

Promotion du transfert modal

Pour répondre à ces objectifs, la SRM/M propose dans ses attendus de :

Réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur du transport pour tous les modes

Diminuer les impacts du transport de marchandises

Rééquilibrer les parts modales par un report du fret routier vers des modes de transports durables

Améliorer l’efficacité du système de transport, notamment en réduisant le nombre de véhicules/kilomètre

Modérer la demande de transport en travaillant sur une meilleure localisation des activités économiques et la création de nouvelles filières circulaires

Plafonner la demande de transport pour ne pas voir exploser le nombre de tonnes.kilomètres transportées.

Elle se définit donc comme un cadre de référence pour orienter les décisions et définir des plans d’actions à l’échelle de la Région. Pour ce faire, des groupes de travail ont été constitués.