Réindustrialiser la Wallonie : un impératif collectif
Quand je rencontre nos entrepreneurs et entrepreneuses, je mesure à quel point l’industrie wallonne reste vivante et tournée vers l’avenir Elle pèse 13% de notre PIB (en 2023), 129.000 emplois directs et concentre près des deux tiers de la recherche et développement. C’est un pilier de notre prospérité.
Mais chacun le sait : elle est aussi confrontée à des défis considérables. Au cours de la dernière décennie, la part de l’industrie dans l’économie wallonne – et européenne – à continué son mouvement séculaire de retrait.
Les vents contraires se sont accumulés ces dernières années : la crise énergétique, la guerre en Ukraine, les tensions géopolitiques, le protectionnisme américain et la compétition accrue de la Chine redessinent les règles du jeu. Les exigences croissantes en matière de durabilité, aussi nécessaires soient-elles, mettent également nos industries dans une situation de plus en plus complexe au niveau international.
Après une décennie où elle semblait avoir oublié cette réalité, l’Europe tente désormais d’y répondre avec une nouvelle politique industrielle qui met l’accent sur l’innovation et la productivité, la simplification administrative, une transition bas-carbone économiquement soutenable, l’autonomie stratégique et la complétion du marché unique européen.
Ces nouvelles orientations sont une bonne nouvelle : sans rien renier nos ambitions en matière de durabilité, il était temps que nous replacions aussi le développement économique au cœur des priorités.
Plus d’un an après le rapport Draghi, certains progrès ont été réalisé (notamment avec les premières initiatives de simplification administrative)… Mais sur de nombreux dossiers, comme le soulignait récemment Mario Draghi lui-même, force est cependant de reconnaitre que le progrès n’est pas encore à la hauteur de l’enjeu
En Wallonie aussi, nous devons agir pour recréer les conditions du maintien et du retour de l’industrie sur notre territoire. Les chantiers de travail sont connus : une énergie décarbonée, abordable et en suffisance, des terrains accessibles, des procédures simplifiées, un financement adapté, des formations alignées sur les besoins du marché. Ces leviers dépassent les entreprises : ils exigent une action publique claire, cohérente et stable.
Ici aussi, les pouvoirs publics nous ont entendus : tous ces sujets sont au cœur des déclarations de politique gouvernementales au niveau régional et fédéral. Plus d’un an après les élections, les réformes commencent à prendre forme – en particulier en matière d’emploi – mais les résultats se font aussi attendre sur le terrain dans plusieurs domaines clés (prix de l’énergie, simplification administrative).
Notre rôle, comme organisation interprofessionnelle, est de rappeler l’urgence de l’action et de proposer des solutions réalistes aux pouvoirs publics dans chacun de ces domaines. Comme le disait Frank Becks, le nouvel administrateur du Voka – notre homologue flamand –, lors de sa prise de fonction début septembre : «Het is nu echt wel «money time». De tijd van plannen maken is voorbij, ondernemers verwachten verandering op het terrein.»
Frédéric PANIER
CEO d’AKT for Wallonia
éditorial